Témoignage du Dr Delphine DENARIE, Rhumatologue à Roanne

Ma situation dans le contexte actuel   

 

Je me permets de vous contacter pour vous faire part de ma situation dans le contexte actuel. Je suis rhumatologue libérale, installée à Roanne (42) depuis mai 2018. J’ai été en « congé maternité » entre le 26 avril 2019 et le 02 septembre 2019, soit la deuxième année de mon installation avec comme vous la savez, une indemnisation dérisoire pour les libérales durant  cette période et un report de charge.

 

    Au cours de cette interruption d’activité j’ai déjà dû faire face à certains commentaires de patients chargés de sous entendus ou directs qui n’étaient pas contents que je m’absente et qui ne se sont pas privé de me le faire remarquer à moi ou à ma secrétaire, mais ça reste une minorité….

 

    Je travaille également 20% à l’hôpital public (10% au CHU de Saint Etienne pour 211 euros nets par mois ce qui ne rembourse même pas mes trajets et 10% au CH de Roanne pour 330 euros par mois).

 

    Je subis donc une nouvelle interruption de mon activité (cette fois-ci bien entendu ni volontaire, ni anticipée) au moment où je commençais juste à « me remettre à flot » financièrement, c’est à dire qu’une fois les charges payées, j’arrivais à me sortir un peu d’argent, mais sans avoir de quoi me voir venir.

 

    Actuellement je travaille sans secrétaire (qui est en garde d’enfant), je vois physiquement entre 2 et 3 patients par jour (urgences, douleurs importantes…) et j’ai des téléconsultations occasionnelles : renouvellement de traitement chez des rhumatismes qui n’ont pas de problème particulier, et suivi d’ostéoporose.

 

    Je suis en secteur 2 OPTAM, je ne prends pas de dépassement en téléconsultation. Sur le mois d’avril, je suis à moins de 2500 euros de rentrées sur le cabinet. Je suis associée avec mon mari qui est neurologue (imaginez bien que dans cette spécialité la téléconsultation est encore plus compliquée.) qui est à moins de 2000 euros sur le mois d’avril.

 

    Nous avons suspendu notre loyer, charges sociales, mais avons des charges fixes: logiciel médical, place de parking, mutuelle du  salarié…. et avons dû faire également des dépenses non prévue:  matériel de protection médical en vue de la reprise en mai (plexiglass, protection individuelle, SHA à coût plus élevé…..)

 

    Nous n’avons pas pu toucher les 1500 euros du fond de solidarité car bilan de 2018 > 60000 euros. Nous continuons de payer notre nounou comme si nous travaillions normalement (pour information pajemploi incite les employeurs à verser la totalité du salaire de leur assistantes maternelles même si elles font moins d’heures)

 

    La situation actuelle est donc tendue pour moi, et je ne pense pas être un cas isolé.

 

    La charge mentale est également importante car les patients ne comprennent pas toujours que nous ne soyons pas en mesure d’assurer des consultations. Le travail sans secrétaire est difficile et fatiguant, nous sommes inondés d’appels et de mails de patient qui veulent des dates de rdv, des ordonnances etc…. (la semaine dernière j’ai eu un matin plus de 135 appels en absence …) Je me demande donc ce qu’il est prévu pour nous, d’autant que nous n’envisageons pas de pouvoir reprendre au même rythme qu’avant l’épidémie si nous voulons que les patients soient pris en charge dans les règles de sécurité optimales.

 

    J’ai peur que les libéraux soient les grands oubliés de la crise.

 

    Je vous remercie de l’attention que vous porterez à mon message et vous remercie pour votre investissement dans la crise actuelle.

 

    Bien cordialement,

Dr Delphine DENARIE
Secrétaire de la SFMCP
www.sfmcp.com

 

Dernière mise à jour le 27 avril 2020